Dire oui

Cette semaine, j’ai décidé de sortir du « pilotage automatique » où je réponds « non » quasi-systématiquement à toutes les suggestions de mon entourage essentiellement mes enfants. Le but ? Expérimenter une nouvelle façon d’aborder la vie. Voir si vraiment je perds en autorité en répondant oui, observer si le quotidien est plus agréable en modifiant ce paramètre, me mettre « à la place de » et voir ce que cela fait…

Il va sans dire que je ne parle pas de dire oui à l’humiliation, l’agression ou à la mise en danger de soi-même ou d’autrui.

Je parle de toutes les petites situations quotidiennes où par exemple mon fils aîné me demande des pâtes au moment où je m’apprête à faire de la polenta, ou le cadet veut prendre son vélo pour aller à l’école alors qu’on prend généralement la trottinette ou le benjamin refuse de s’asseoir dans sa chaise haute pour manger…

Dans ces trois situations, la tentation est de répondre « non » sans réfléchir. Parce que ce n’était pas mon idée première, par paresse et peur d’être retardée, par crainte de ne plus être respectée, de ne pas inculquer des valeurs qui me semblent « justes » et qu’il y ait de la purée partout…

Mais si on y regarde de plus près, ces raisons relèvent de croyances, ou de craintes pour le futur et d’une peur de l’effort.

La polenta peut-être mangée demain, cela ne prend pas vraiment plus de temps de sortir le vélo ou une trottinette du garage, et si mon dernier préfère s’asseoir sur une chaise comme nous, c’est plutôt un signe d’autonomie parce que de toute façon il y aura de la purée partout…

Mais ce qui m’a vraiment intéressé durant cette semaine, n’est pas le raisonnement au cas par cas qui pourrait me faire dire oui plutôt que non. Ce qui a été intéressant est de prendre conscience du nombre de fois où je dis non sans y prêter attention.

Et si dire « oui » n’était pas un signe de faiblesse mais de sagesse ?

Mais à chaque fois que je dis « non », j’entre en résistance, je sens physiquement que je suis prête à aller au combat pour justifier qu’il est hors de question que je fasse des pâtes quand il faut finir le paquet de polenta entamé depuis longtemps, tout mon corps est tendu. Si les enfants « acceptent » (ou se résignent ?) à mon non, je respire, si cela ne passe pas, j’entre dans l’arène « volonté contre volonté ».

Alors qu’en disant « oui », j’accepte que le cours des choses continue de manière fluide, je suis moins tendue, je lâche prise, je n’ai plus peur de perdre, au contraire, je m’enrichis…

Comment ? Parce qu’en acceptant de faire une partie de cartes en rentrant de l’école, je prends du temps pour mes enfants, du temps vécu et non du temps passé ! Satisfaits, nous sommes ensuite tous plus détendus pour entamer préparation du repas et coucher.

La deuxième constatation qui révolutionne ma manière de voir est qu’il ne faut pas craindre de dire oui tellement le nombre de situations où l’on dit encore non est grand ! Non, pas de télévision le matin, non, on ne peut pas rester à la maison aujourd’hui, il y a école, non, on ne mange pas de gâteaux avant le repas !!!

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J’ai testé la méditation Osho Kundalini

Récemment j’ai participé à un stage de formation au massage Abhyanga à Paris qui débutait par une méditation d’une hmeditation-raveeure appelée « Osho Kundalini« , une expérience en mouvement. Le
principe est simple:

  • 1/4 d’heure de « shaking », balancement du corps, les pieds bien ancrés au sol, les genoux légèrement fléchis, laisser venir les secousses dans le corps, articulations des bras,  épaules, poignets souples… Tout ça sur de la musique électronique.
  • 1/4 d’heure de danse avec des mouvements plus libres toujours à fond sur de la musique techno.
  • 1/4 d’heure debout ou assis, sans bouger sur une musique plus « inspirante », avec me semble-t-il de l’orgue et des gongs…
  • 1/4 d’heure allongé dans le silence.

J’ai adoré cette méditation même si les premières minutes, on se demande ce qu’on fout là, à se balancer comme ça ! 

Kuṇḍalinī (devanāgarī: कुण्डलिनी, du mot kuṇḍala signifiant « boucle d’oreille, bracelet, entouré en spirale »[1]) est un terme sanskrit lié au Yoga qui désigne une puissante énergie lovée dans la base de la colonne vertébrale[2] en l’occurrence le chakra mūlādhāra, correspondant dans le corps humain au sacrum. Elle est représentée comme un serpent enroulé sur lui-même trois fois et demi. Le but des pratiques spirituelles différentes est d’éveiller la Kuṇḍalinī qui se réalise par méditation, respiration, postures ou par l’expérience spirituelle qui s’appelle la réalisation du soi.

Kundalini (sanskrit) — Wikipédia

 

Je n’ai pas vu le temps passer, je ne me suis pas du tout ennuyée, j’ai cru que j’allais avoir mal aux genoux mais non, j’ai joué le jeu, laisser les émotions, et les énergies se dégager. Je ne voulais plus m’arrêter de danser, j’avais l’impression d’être dans une sorte de transe comme j’imagine dans une rave party ou comme ce que j’avais pu observer lors des danses de mariage à Fès au Maroc…

Mais le plus surprenant, c’est que j’ai eu une envie irrésistible de toucher ma gorge, d’être en contact avec elle, j’ai porté mes mains à mon cou pour sentir et réchauffer cette zone. C’était un besoin irrépressible. Alors je n’ai pas refoulé ce geste qui me semblait un peu étrange, j’ai encerclé ma gorge d’une main et j’ai laissé le
mouvement m’envahir.

Les deux phases assise et allongée ont été sans pensée particulière, dans une détente bienvenue.

Je n’avais jamais auparavant jamais rien lu sur les chakras – ce mot étant, pour moi, associé à la fofolle Arielle Dombasle, dans un Indien dans la ville,  et est un peu trop ésotérique, de mon point de vue d’occidentale.

Les chakras sont ces points  qui concentrent l’énergie du corps du sacrum au front en passant notamment par le plexus solaire et la gorge, selon la médecine traditionnelle indienne.

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Première surprise donc, j’apprends, après la méditation, que la gorge est associée au 5ème chakra, nommé Vishuddha. Ce dernier est lié à la parole et à la communication. Quand il est déréglé, la personne parle trop ou trop peu.  

Or devinez-quoi ? Depuis plusieurs mois, je me fatigue moi-même tellement je parle !

Ainsi donc, l’Osho Kundalini Meditation alors même que je ne connaissais rien aux chakras, m’a montré dans mon corps qu’il y avait  quelque chose de dérégler, mais chut… je n’en dirai pas plus.

Et vous qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà pratiqué cette méditation ? Quels ont été vos ressentis ? 

Si vous voulez voir à quoi la méditation Osho Kundalini ressemble sur Youtube en allemand

 

Volonté contre volonté : une troisième voie est possible

Je suis en train de lire « A chaque jour ses prodiges » de Jon et Myla Kabat-Zinn sur être parent en pleine conscience.

Dès les premières pages, les auteurs suggèrent de ne pas prendre comme une menace  ou un manque de respect de notre autorité les nombreux instants de nos vies où les enfants s’opposent à nous. Mais d’aller voir au delà des apparences en se mettant « à la place de l’enfant », en faisant preuve d’empathie. Et d’observer la situation pour prendre conscience de ce qui est en train de se passer. L’idée est que de laisser s’installer ces moments d’affrontements d’une « volonté contre une autre volonté » amène souvent une escalade verbale et se termine  par de la violence  verbale ou physique, de la colère, de la frustration, des larmes, de l’autoritarisme et une perte de confiance mutuelle. Alors qu’une troisième voie est possible si on mobilise notre créativité…a-chaque-jour-ses-prodiges-couverture

Illustration. 

Ce matin, comme de nombreux matins depuis la rentrée, en sortant de la crèche où nous déposons le plus petit de la fratrie, mon fils de 4 ans veut prendre le chemin de gauche pour aller à l’école et moi celui de droite. Il est très insistant et je m’oppose à lui tous les jours pour le forcer à venir à droite en lui disant que dans mon chemin, il n’ y a pas de voitures ni de travaux. Le chemin de gauche me semble plus long et est semé d’embûches et  celui de droite a une partie piétonne et est plus court.

Ce matin, il invoque son père pour prendre son  chemin, ce qui m’exaspère encore plus que d’habitude :  « Papa a dit qu’il fallait aller à gauche ». Cependant  aujourd’hui, je décide de changer d’attitude.J’accepte sa proposition même si j’ai très peur que cela soit le signe que je me laisse marcher dessus, que mon enfant décide de tout et que je n’arrive pas à me faire respecter. Rien que ça !

« Pour faire preuve d’empathie alors qu’on est repoussé, il faut que la contrariété que nous ressentons ne nous empêche pas de voir la souffrance de nos enfants », Myla et Jon Kabat-Zinn dans « A chaque jour ses prodiges ». 

Tout content, il enfourche sa trottinette et nous partons tous les deux. Quelques mètres plus loin, nous rencontrons la maman d’Emma qui revient de l’école. Et là, j’ai une révélation ! Et si Alexandre ne cherchait pas à être dans un rapport de force, mais qu’il voulait simplement avoir une chance de croiser sa grande amie Emma dont il a accroché la photo à la tête de son lit pour la voir chaque soir avant de s’endormir ? Je lui demande : « Tu veux passer par là pour voir Emma ?  » Et il me répond sur le ton de l’évidence par l’affirmative.

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Nous continuons notre chemin, quand arrive la partie délicate  du trajet : les pavés, le sable, et les barrières de chantier. Alexandre qui peine à passer entre les obstacles dit à haute voix, autant pour lui-même que pour moi : «  C’est vrai que ce n’est pas facile avec les travaux« . Puis après un temps de réflexion, ajoute « mais je préfère quand même  passer par là« .

J’en avais les larmes aux yeux. J’avais fait un pas vers lui, Alexandre en faisait un vers moi, en reconnaissant mes arguments et affirmait sereinement que l’espoir de voir son amie sur le chemin de l’école était supérieur aux désagréments que le parcours pouvait engendrer. 

Voilà comment la pleine conscience, m’a, ce matin, permis de sortir du conflit et de me reconnecter avec mon fils. Son attitude a du sens et il reconnait le sens de la mienne.

Alors à votre avis, quel chemin choisirons-nous demain ?

 

« Autobiographie en cinq actes » de Portia Nelson

trou

Je descends la rue,

Il y a un trou profond dans le trottoir :
Je tombe dedans. Je suis perdu… Je suis désespéré. Ce n’est pas ma faute. Il me faut longtemps pour en sortir.


Je descends la même rue.

Il y a un trou profond dans le trottoir : je fais semblant de ne pas le voir. Je tombe dedans à nouveau. J’ai du mal à croire que je suis au même endroit. Mais ce n’est pas ma faute. Il me faut encore longtemps pour en sortir.


Je descends la même rue. Il y a un trou profond dans le trottoir : je le vois bien. J’y retombe dedans à nouveau. J’ai les yeux ouverts. Je sais où je suis. C’est bien ma faute. Je ressors immédiatement.


Je descends la même rue. Il y a un trou profond dans le trottoir : je le contourne.


Je descends une autre rue…

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La magie du rangement : de la théorie à la pratique

 

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Même pas peur…

Si, comme moi, vous avez conservé quasi-religieusement la robe qui vous a permis de séduire votre ex-mari, les bodys au cols jaunis de votre fils qui vient d’avoir 15 ans, et des dizaines d’habits décousus, que vous repriserez un jour quand vous aurez perdu ces satanés kilos, alors je vous conseille de lire l’ouvrage de Marie Kondo intitulé la magie du rangement

Le livre de cette japonaise, m’a fait prendre conscience d’une de mes principales barrières mentales qui m’empêchait de me débarrasser de tous mes objets encombrants : j’étais persuadée que pour trier, donner, jeter, il fallait du temps. Or ce que conseille Marie Kondo, c’est d’aller vite et même le plus vite possible. Sinon, rien de nouveau, il faut mettre en tas, par exemple, tous les habits de la maison qui sont parfois éparpillés dans plusieurs pièces et trier  en trois catégories : poubelle, sac pour les bonnes œuvres, et ce que l’on conserve. Puis vous rangez le linge dans les armoires, penderies et tiroirs, le plus vite possible.

En combinant vitesse et désir de minimalisme, je me suis attaquée à TOUS mes habits et bout de chiffons de mon appartement et j’ai tout trié et jeté en 30 minutes. Je n’ai gardé « que » 70 pièces, chaussures, écharpes et maillots de bains compris ( mais hors chaussettes et sous-vêtements).

Ensuite j’ai plié le linge, mais sans utiliser la méthode du livre : je n’aime pas suivre à la lettre ceux qui prétendent « savoir » surtout quand ils transforment leur trouble obsessionnel de l’ordre en business …

En deux heures, j’avais tout rangé. Le lendemain, je me suis attaquée aux vêtements des enfants et enfin, j’ai pu respirer, avec des placards accessibles… Le bonheur !

Le surlendemain, j’ai trié les livres, de quatre bibliothèques pleines à craquer, je n’en ai conservé qu’UNE seule. J’ai failli abandonner l’objectif de vitesse (et donc la réalisation du tri), car les livres ont un caractère sacré pour moi (« on ne brûle pas la culture »). Les idées qui m’ont aidé à ne pas flancher sont celles-ci :

  • Ce que devait t’apporter un livre au moment où tu l’as lu est en toi. L’objet lui même ne t’apportera rien de plus.
  • Se séparer d’un livre, n’ôte pas le souvenir de ce livre.
  • Si tu n’as pas lu un livre au moment où il est rentré chez toi, tu ne le liras pas plus dans 2 ou 5 ans. Sépare t-en !
  • La richesse est en toi et non à l’extérieur de toi et ne se mesure pas à la dimension de ta bibliothèque. 
  • Sur ton lit de mort, on ne dira pas, « elle avait beaucoup de livres » mais elle « aimait lire »….

Enfin, le 4ème jour, je me suis  attaquée aux « souvenirs », sources d’émotions, j’ai trié des photos, jeté mes cours de facs, les cinq exemplaires de mon mémoire de maîtrise, mais j’avoue que mon rendement a baissé.

Un mois après, je suis extrêmement satisfaite du résultat concernant ma garde robe, je me sens allégée, et presqu’une nouvelle femme, avec des vêtements qui me vont et qui correspondent à qui je suis maintenant.

Pour les livres, le sentiment est plus mitigé, j’ai l’impression de m’être un peu amputée, difficile de ne pas m’identifier à eux. Est-ce que j’ai bien choisi ? Je ne suis pas mes livres mais je n’en suis pas encore persuadée… 

Quant aux « souvenirs », j’avoue que je n’ai pas vraiment joué le jeu, même si toutes les photos floues ou en double – voire triple exemplaire – ont fini déchiquetées…

Si j’ai « donné » ou « jeté » des vêtements que je ne voulais plus, je me suis « séparée » de mes livres… D’un point de vie lexical et psychologique, l’effet n’est pas le même… Le désencombrement est un chemin…

Et vous, avez-vous essayé cette méthode ? Quels sentiments avez-vous éprouvé en l’appliquant…

La méthode KonMari
Ils en parlent  : article du Figaro, ranger pour être plus heureux, les dix commandements de la papesse du rangement,

 

La chèvre, la poule et le bonheur

 

5832875420_1454b4f559_o.jpgUn vieil homme fatigué se rend chez un sage dans un lointain pays d’Orient.

« – Oh, homme sage, aide moi. Je suis fatigué, j’ai mal partout, ma maison est petite, mes enfants font trop de bruit,  je ne sais plus que faire pour me sentir bien dans ma vie.  »

« Ne t’inquiète pas, vieil homme, va et achète une chèvre puis rapporte la chez toi. Occupe t’en, puis reviens dans une semaine », répond le sage.

Une semaine plus tard, le vieux revient et se lamente davantage :  » Oh homme sage, ma situation a empiré, la chèvre bêle tout le temps, on ne s’entend plus, qu’ai-je fait pour mériter ça ? « .

« Ne t’inquiète pas, vieil homme, va et achète une poule puis rapporte la chez toi. Occupe t’en, puis reviens dans une semaine », répond le sage.

Une semaine plus tard, le vieux revient et se lamente encore :  » Oh homme sage, ma situation a empiré, la chèvre bêle, la poule caquette,  on ne s’entend plus, qu’ai-je fait pour mériter ça ? « . 

« Ne t’inquiète pas, vieil homme, va et revend ta chèvre et ta poule au marché et reviens dans une semaine », répond le sage.

Une semaine plus tard, le vieux revient en souriant et le cœur léger :  » Oh homme sage, ma situation s’est améliorée, ma maison est devenue silencieuse et spacieuse, je suis aux anges, merci « .

 

 

Le bonheur, s’il existe, est maintenant et ici

 

 

Agissez sans crainte !

Djeha-Hoja dit un jour à son fils, alors qu’il atteignait sa douzième année :
– Demain, tu viendras avec moi au marché.
Tôt le matin, ils quittèrent la maison. Djeha-Hoja s’installa sur le dos de l’âne, son fils marchant à côté de lui. A l’entrée de la place du marché, Djeha-Hoja et de son fils furent l’objet de railleries acerbes :
– Regardez-moi cet homme, il n’a aucune pitié ! Il est confortablement assis sur le dos de son âne et il laisse son jeune fils marcher à pied.
Djeha-Hoja dit à son fils :
– As-tu bien entendu ? Demain tu viendras encore avec moi au marché !
Le deuxième jour, Djeha-Hoja et son fils firent le contraire de la veille : le fils monta sur le dos de l’âne et Djeha-Hoja marcha à côté de lui. A l’entrée de la place, les mêmes hommes étaient là, qui s’écrièrent
– Regardez cet enfant, il n’a aucune éducation, aucun respect envers ses parents. Il est assis tranquillement sur le dos de l’âne, alors que son père, le pauvre vieux, est obligé de marcher à pied !
Djeha-Hoja dit à son fils :
– As-tu bien entendu ? Demain tu viendras de nouveau avec moi au marché !
Le troisième jour, Djeha-Hoja et son fils sortirent de la maison à pied en tirant l’âne derrière eux, et c’est ainsi qu’ils arrivèrent sur la place. Les hommes se moquèrent d’eux :
– Regardez ces deux idiots, ils ont un âne et ils n’en profitent même pas. Ils marchent à pied sans savoir que l’âne est fait pour porter des hommes.
Djeha-Hoja dit à son fils :
– As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché !
Le quatrième jour, lorsque Djeha-Hoja et son fils quittèrent la maison, ils étaient tous les deux juchés sur le dos de l’âne. A l’entrée de la place, les hommes laissèrent éclater leur indignation :
– Regardez ces deux-là, ils n’ont aucune pitié pour cette pauvre bête !
Djeha-Hoja dit à son fils :
– As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché !
Le cinquième jour, Djeha-Hoja et son fils arrivèrent au marché portant l’âne sur leurs épaules. Les hommes éclatèrent de rire :
– Regardez ces deux fous, il faut les enfermer. Ce sont eux qui portent l’âne au lieu de monter sur son dos.
Et Djeha-Hoja dit à son fils ;
– As-tu bien entendu ? Quoi que tu fasses dans ta vie, les gens trouveront toujours à redire et à critiquer.

Pas facile de produire local en Afrique

Les très petites entreprises du secteur agroalimentaire d’Afrique de l’Ouest voudraient mettre à disposition des populations locales leurs produits mais sont en proie à des difficultés d’organisation et d’accès au crédit, estime la présidente de l’association Afrique AgroEXport (AAFEX), qui représente 111 entreprises dans 16 pays d’Afrique.

« Si nous ne faisons rien pour transformer à grande échelle nos produits locaux, nous mangerons peut-être, probablement chinois, mais ce n’est pas ce que nous voulons », écrit Marie-Andrée Tall, présidente de l’AAFEX sur le site collaboratif Médiaterre. 

La moitié de la production de céréales produites et transformées localement par les membres de l’AAFEX est vendue à l’étranger en raison des coûts de production élevés qui rendent les produits inaccessibles aux populations locales, déplore-t-elle.

La première difficulté de ces entreprises est l’accès aux matières premières de qualité à des prix abordables en l’absence de système d’information sur les prix et les quantités pratiqués sur les marchés, explique  Marie-Andrée Tall qui préconise la contractualisation avec les producteurs comme solution durable.

« Nous devons nous inspirer des contractualisations réussies, comme pour la Société de conserves alimentaires du Sénégal (SOCAS) », explique-t-elle.

La Socas, filiale du groupe Sentenac, s’approvisionne en tomates sur la base de contrat fermes d’achat auprès de plus de 15.000 paysans dans la vallée du fleuve. La société produit ainsi plus de 15 millions de boites de concentrés de tomates par an dans ses deux usines d’une capacité de traitement d’environ 2.000 tonnes de tomates par jour.

« Les entreprises ont intérêt à se regrouper en coopératives, ou en consortium, pour leur approvisionnement en matières premières », affirme encore Marie-Andrée Tall.


 

Les difficultés d’accès au crédit freinent le « produire local pour consommer local » en Afrique de l’Ouest


La seconde difficulté est celle de l’accès au crédit, les banques ayant des exigences similaires qu’il s’agisse de grandes ou de petites entreprises. Les organismes financiers ne proposent pas de solutions destinées à financer l’acquisition d’un terrain, de bâtiments et d’équipements pour les petites entreprises sur le long terme, détaille Marie-Andrée Tall qui souhaiterait que le crédit-bail soit davantage proposé aux entrepreneurs et adapté au continent africain.

« Ce que nous voulons, c’est être sûr de manger et surtout manger ce que nous produisons et transformons. Ce n’est pas un acte gratuit. C’est un acte militant »,  a-t-elle encore jugé.

Publié pour la première fois le 26/04/2013

Séduction à la sénégalaise

 

Ndeye Fatou est une « sexologue » de la banlieue de Dakar au Sénégal. Elle reçoit dans son salon saturé du parfum de graines odorantes, des femmes, jeunes ou vieilles, belles ou laides et parfois quelques hommes pour les guider dans leur vie affective.  Rencontre insolite.

Ndeye Fatou pourrait être une « badiene » des temps modernes, c’est-à-dire la tante maternelle qui dans la société wolof accompagne la jeune fille dans les préparatifs du mariage et la conseille pour devenir une vraie « djekk », une femme qui sait tenir son ménage et son homme. Elle veut enseigner l’art d’être une femme avec un grand F, en transmettant le dévouement sans faille qu’une femme doit à son mari. Mais derrière ce masque se cache une femme aux désirs affirmés. 

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Pour conserver son homme, ce qui est, selon Ndeye Fatou, le problème numéro un des femmes qui la consulte, il n’y a pas trente-six solutions : il faut que l’épouse devienne une vraie  » djekk », une femme qui sait tenir sa maison et son époux grâce à un ensemble codifié de pratiques et de bons comportements. Le but de cette attitude est de « marquer son territoire », un conseil absolument essentiel dans un contexte culturel où la polygamie est encore répandue.

« Nos mères étaient soumises, nous devons être audacieuses », estime-t-elle, assise sur une banquette au dossier recouvert de dentelles blanches. « Nos mères n’osaient même pas regarder leur mari et nous n’en sommes plus là ».  

« Je conseille aux jeunes filles de toujours servir un verre d’eau à leur mari quand il rentre, en faisant une petite révérence, on peut même mettre un genou à terre et rester dans cette position jusqu’à ce qu’il ait fini », dit Fatou Ndeye, en alliant le geste à la parole pour montrer l’exemple. Ensuite, il existe tout un rituel pour lui laver, sécher et masser les pieds.

« Votre mari rentre fatigué, vous devez le soulager », explique-elle. Ce massage qui se fait à la vue et au su de tous, a pour but de mettre dans de bonnes conditions votre époux.

« A table, vous devez partager les morceaux de viande entre les convives et vous, vous ne devez que picorer. Vous devez mettre votre main sous la bouche de votre mari afin qu’il puisse y cracher ses os de poulets », poursuit-elle.

Parallélement à ce dévouement, la femme doit tout au long de la journée « préparer le terrain », entendez « aiguisez l’appétit sexuel » de son cher et tendre. Il faut que la femme soit une « Mokk Potch », un terme qui signifie sexy, allumeuse, coquine, coquette mais aussi attentionnée et hardie…

Pour cela, la femme sénégaise ne manque pas d’artifices. « Il faut changer de béthios tous les jours et ne jamais sortir les reins nus », assure Ndeye Fatou. Les béthios, sont des petits pagnes tricotés (comme des résilles) de couleurs et formes variées, placé sous un pagne plus grand. Ces sous-vêtements dont la vue est réservée au mari, peuvent bien sûr être apperçus « par mégarde », lorsqu’une femme marche, ou s’assoit…

Les perles (bins-bins) nouées autour des reins sont en bois, en verre, en céramique ou encore en plastique et peuvent être de tailles, de formes et de couleurs différentes. Disposées en plusieurs rangs, elles cliquêtent lorsque la femme bouge son bassin.

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Une femme sans bin-bin, c’est comme une meuf sans shampoing…

Demandez à vos amies féminines, si elles ont déjà entendu ce bruit dans les rues de Dakar, il y a des chances qu’elles vous répondent « non », alors que vos amis vous diront probablement « oui », preuve que les femmes savent faire entendre leurs bins-bins comme un appel, une promesse, une provocation… A chaque occasion ses bins-bins, les perles de bois conservées dans des boites au milieu de parfums capiteux sont sorties pour les grandes occasions…Les binsbins servent aussi de rempart contre la jalousie, et on dit que le rang de perles se casse si quelqu’un vous veut du mal…

Interrogé sur les co-épouses qui frottent comme des forcenés  leur petit pagne au lever du jour et les font sécher dans la cour commune pour exacerber les sentiments des rivales, Ndeye fatou considère que ce n’est pas fair-play.

« Parfois, le couple n’a rien fait du tout la nuit, c’est juste pour créer un mauvais climat, je le déconseille fortement ». 

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L’encens pour briser la monotonie.

‘Il ne faut pas mettre d’encens tous les jours, car ce qui brise les couples, c’est la monotonie, l’encens doit rester exceptionnel », détaille encore Ndeye Fatou. Le thiouraye, cet encens qu’on brûle sur un morceau de charbon de bois, attise les sens et Ndeye Fatou conseille parfois d’utiliser simplement des eaux de Cologne légères pour parfumer sa maison.

Elle conseille aussi l’utilisation de pagne de l’amour, pagne de la nuit (serou goudi) ou encore « pagne porno », qui sont des draps peints ou brodés représentants des scènes érotiques colorées dans un art naïf, sorte de kama-sutra à l’africaine. « Toutes les nouvelles épouses devraient avoir ce genre de pagnes en arrivant chez leur mari », assure Ndeye Fatou. « On utilise les armes de nos mères et on ajoute nos ingrédients », dit-elle encore en expliquant que sa propre mère n’utilisait pas, à sa connaissance, ce genre d’artifices.

« Ces pagnes sont à préférer aux DVD pornos, juge-t-elle encore. « Les DVD ou internet, c’est peut-être excitant mais ce n’est pas la vraie vie, alors que les pagnes de l’amour stimulent l’imagination ».

Cependant tous ces artifices ne peuvent garantir la fidélité du mari.  « C’est comme si on était en guerre, tu peux avoir les meilleures armes du monde, il faut bien viser pour pouvoir tirer et atteindre ton but ».

Mais alors quel est donc le secret des secrets qui permettrait d’atteindre ce but ? L’AUDACE répond sans hésiter Ndeye Fatou et aussi la COMMUNICATION. « Il ne faut pas attendre que l’homme fasse le premier pas, il ne faut pas hésiter à prendre les devants et parler avec lui ».

Mais tous ces artifices tournés vers le plaisir masculin me donne le tournis et j’interroge Ndeye Fatou sur le plaisir féminin dans une société où bon nombre de femmes sont excisées.

 « Quand tu n’as pas de plaisir, il faut le dire, c’est celà être audacieuse, montrer ce dont tu as besoin, il faut dire à ton mari  ‘je veux ça, j’ai besoin de ça, car tu es mon homme’. « Mais il ne faut jamais faire d’histoires, il vaut mieux attendre le lendemain matin pour parler car le soir la femme est énervée ».

Les femmes excisées ont, selon elle, plus ou moins de sensibilité et Ndeye Fatou préconise de « chercher les autres endroits ». Mais malheureusement certaines femmes souffrent tellement, qu’elles sont recroquevillées sur elles-mêmes et ne peuvent s’épanouir. Dans les cas extrêmes, quand les produits naturels qu’elle propose pour nettoyer le corps ou soulager la douleur ne suffisent pas, Ndeye Fatou renvoie vers la médecine générale et sait que pour ces femmes, être une « mokk potch » s’avérera difficile. « J’essaye de toujours donner de l’espoir car une femme peut toujours cajoler et consoler son mari, a-t-elle encore dit.

 

Cet article a été modifié après une première publication le 13 octobre 2013 sur l’ancien blog de Koukla Tabi. .