La chèvre, la poule et le bonheur

 

5832875420_1454b4f559_o.jpgUn vieil homme fatigué se rend chez un sage dans un lointain pays d’Orient.

« – Oh, homme sage, aide moi. Je suis fatigué, j’ai mal partout, ma maison est petite, mes enfants font trop de bruit,  je ne sais plus que faire pour me sentir bien dans ma vie.  »

« Ne t’inquiète pas, vieil homme, va et achète une chèvre puis rapporte la chez toi. Occupe t’en, puis reviens dans une semaine », répond le sage.

Une semaine plus tard, le vieux revient et se lamente davantage :  » Oh homme sage, ma situation a empiré, la chèvre bêle tout le temps, on ne s’entend plus, qu’ai-je fait pour mériter ça ? « .

« Ne t’inquiète pas, vieil homme, va et achète une poule puis rapporte la chez toi. Occupe t’en, puis reviens dans une semaine », répond le sage.

Une semaine plus tard, le vieux revient et se lamente encore :  » Oh homme sage, ma situation a empiré, la chèvre bêle, la poule caquette,  on ne s’entend plus, qu’ai-je fait pour mériter ça ? « . 

« Ne t’inquiète pas, vieil homme, va et revend ta chèvre et ta poule au marché et reviens dans une semaine », répond le sage.

Une semaine plus tard, le vieux revient en souriant et le cœur léger :  » Oh homme sage, ma situation s’est améliorée, ma maison est devenue silencieuse et spacieuse, je suis aux anges, merci « .

 

 

Le bonheur, s’il existe, est maintenant et ici

 

 

Agissez sans crainte !

Djeha-Hoja dit un jour à son fils, alors qu’il atteignait sa douzième année :
– Demain, tu viendras avec moi au marché.
Tôt le matin, ils quittèrent la maison. Djeha-Hoja s’installa sur le dos de l’âne, son fils marchant à côté de lui. A l’entrée de la place du marché, Djeha-Hoja et de son fils furent l’objet de railleries acerbes :
– Regardez-moi cet homme, il n’a aucune pitié ! Il est confortablement assis sur le dos de son âne et il laisse son jeune fils marcher à pied.
Djeha-Hoja dit à son fils :
– As-tu bien entendu ? Demain tu viendras encore avec moi au marché !
Le deuxième jour, Djeha-Hoja et son fils firent le contraire de la veille : le fils monta sur le dos de l’âne et Djeha-Hoja marcha à côté de lui. A l’entrée de la place, les mêmes hommes étaient là, qui s’écrièrent
– Regardez cet enfant, il n’a aucune éducation, aucun respect envers ses parents. Il est assis tranquillement sur le dos de l’âne, alors que son père, le pauvre vieux, est obligé de marcher à pied !
Djeha-Hoja dit à son fils :
– As-tu bien entendu ? Demain tu viendras de nouveau avec moi au marché !
Le troisième jour, Djeha-Hoja et son fils sortirent de la maison à pied en tirant l’âne derrière eux, et c’est ainsi qu’ils arrivèrent sur la place. Les hommes se moquèrent d’eux :
– Regardez ces deux idiots, ils ont un âne et ils n’en profitent même pas. Ils marchent à pied sans savoir que l’âne est fait pour porter des hommes.
Djeha-Hoja dit à son fils :
– As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché !
Le quatrième jour, lorsque Djeha-Hoja et son fils quittèrent la maison, ils étaient tous les deux juchés sur le dos de l’âne. A l’entrée de la place, les hommes laissèrent éclater leur indignation :
– Regardez ces deux-là, ils n’ont aucune pitié pour cette pauvre bête !
Djeha-Hoja dit à son fils :
– As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché !
Le cinquième jour, Djeha-Hoja et son fils arrivèrent au marché portant l’âne sur leurs épaules. Les hommes éclatèrent de rire :
– Regardez ces deux fous, il faut les enfermer. Ce sont eux qui portent l’âne au lieu de monter sur son dos.
Et Djeha-Hoja dit à son fils ;
– As-tu bien entendu ? Quoi que tu fasses dans ta vie, les gens trouveront toujours à redire et à critiquer.

Pas facile de produire local en Afrique

Les très petites entreprises du secteur agroalimentaire d’Afrique de l’Ouest voudraient mettre à disposition des populations locales leurs produits mais sont en proie à des difficultés d’organisation et d’accès au crédit, estime la présidente de l’association Afrique AgroEXport (AAFEX), qui représente 111 entreprises dans 16 pays d’Afrique.

« Si nous ne faisons rien pour transformer à grande échelle nos produits locaux, nous mangerons peut-être, probablement chinois, mais ce n’est pas ce que nous voulons », écrit Marie-Andrée Tall, présidente de l’AAFEX sur le site collaboratif Médiaterre. 

La moitié de la production de céréales produites et transformées localement par les membres de l’AAFEX est vendue à l’étranger en raison des coûts de production élevés qui rendent les produits inaccessibles aux populations locales, déplore-t-elle.

La première difficulté de ces entreprises est l’accès aux matières premières de qualité à des prix abordables en l’absence de système d’information sur les prix et les quantités pratiqués sur les marchés, explique  Marie-Andrée Tall qui préconise la contractualisation avec les producteurs comme solution durable.

« Nous devons nous inspirer des contractualisations réussies, comme pour la Société de conserves alimentaires du Sénégal (SOCAS) », explique-t-elle.

La Socas, filiale du groupe Sentenac, s’approvisionne en tomates sur la base de contrat fermes d’achat auprès de plus de 15.000 paysans dans la vallée du fleuve. La société produit ainsi plus de 15 millions de boites de concentrés de tomates par an dans ses deux usines d’une capacité de traitement d’environ 2.000 tonnes de tomates par jour.

« Les entreprises ont intérêt à se regrouper en coopératives, ou en consortium, pour leur approvisionnement en matières premières », affirme encore Marie-Andrée Tall.


 

Les difficultés d’accès au crédit freinent le « produire local pour consommer local » en Afrique de l’Ouest


La seconde difficulté est celle de l’accès au crédit, les banques ayant des exigences similaires qu’il s’agisse de grandes ou de petites entreprises. Les organismes financiers ne proposent pas de solutions destinées à financer l’acquisition d’un terrain, de bâtiments et d’équipements pour les petites entreprises sur le long terme, détaille Marie-Andrée Tall qui souhaiterait que le crédit-bail soit davantage proposé aux entrepreneurs et adapté au continent africain.

« Ce que nous voulons, c’est être sûr de manger et surtout manger ce que nous produisons et transformons. Ce n’est pas un acte gratuit. C’est un acte militant »,  a-t-elle encore jugé.

Publié pour la première fois le 26/04/2013

Séduction à la sénégalaise

 

Ndeye Fatou est une « sexologue » de la banlieue de Dakar au Sénégal. Elle reçoit dans son salon saturé du parfum de graines odorantes, des femmes, jeunes ou vieilles, belles ou laides et parfois quelques hommes pour les guider dans leur vie affective.  Rencontre insolite.

Ndeye Fatou pourrait être une « badiene » des temps modernes, c’est-à-dire la tante maternelle qui dans la société wolof accompagne la jeune fille dans les préparatifs du mariage et la conseille pour devenir une vraie « djekk », une femme qui sait tenir son ménage et son homme. Elle veut enseigner l’art d’être une femme avec un grand F, en transmettant le dévouement sans faille qu’une femme doit à son mari. Mais derrière ce masque se cache une femme aux désirs affirmés. 

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Pour conserver son homme, ce qui est, selon Ndeye Fatou, le problème numéro un des femmes qui la consulte, il n’y a pas trente-six solutions : il faut que l’épouse devienne une vraie  » djekk », une femme qui sait tenir sa maison et son époux grâce à un ensemble codifié de pratiques et de bons comportements. Le but de cette attitude est de « marquer son territoire », un conseil absolument essentiel dans un contexte culturel où la polygamie est encore répandue.

« Nos mères étaient soumises, nous devons être audacieuses », estime-t-elle, assise sur une banquette au dossier recouvert de dentelles blanches. « Nos mères n’osaient même pas regarder leur mari et nous n’en sommes plus là ».  

« Je conseille aux jeunes filles de toujours servir un verre d’eau à leur mari quand il rentre, en faisant une petite révérence, on peut même mettre un genou à terre et rester dans cette position jusqu’à ce qu’il ait fini », dit Fatou Ndeye, en alliant le geste à la parole pour montrer l’exemple. Ensuite, il existe tout un rituel pour lui laver, sécher et masser les pieds.

« Votre mari rentre fatigué, vous devez le soulager », explique-elle. Ce massage qui se fait à la vue et au su de tous, a pour but de mettre dans de bonnes conditions votre époux.

« A table, vous devez partager les morceaux de viande entre les convives et vous, vous ne devez que picorer. Vous devez mettre votre main sous la bouche de votre mari afin qu’il puisse y cracher ses os de poulets », poursuit-elle.

Parallélement à ce dévouement, la femme doit tout au long de la journée « préparer le terrain », entendez « aiguisez l’appétit sexuel » de son cher et tendre. Il faut que la femme soit une « Mokk Potch », un terme qui signifie sexy, allumeuse, coquine, coquette mais aussi attentionnée et hardie…

Pour cela, la femme sénégaise ne manque pas d’artifices. « Il faut changer de béthios tous les jours et ne jamais sortir les reins nus », assure Ndeye Fatou. Les béthios, sont des petits pagnes tricotés (comme des résilles) de couleurs et formes variées, placé sous un pagne plus grand. Ces sous-vêtements dont la vue est réservée au mari, peuvent bien sûr être apperçus « par mégarde », lorsqu’une femme marche, ou s’assoit…

Les perles (bins-bins) nouées autour des reins sont en bois, en verre, en céramique ou encore en plastique et peuvent être de tailles, de formes et de couleurs différentes. Disposées en plusieurs rangs, elles cliquêtent lorsque la femme bouge son bassin.

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Une femme sans bin-bin, c’est comme une meuf sans shampoing…

Demandez à vos amies féminines, si elles ont déjà entendu ce bruit dans les rues de Dakar, il y a des chances qu’elles vous répondent « non », alors que vos amis vous diront probablement « oui », preuve que les femmes savent faire entendre leurs bins-bins comme un appel, une promesse, une provocation… A chaque occasion ses bins-bins, les perles de bois conservées dans des boites au milieu de parfums capiteux sont sorties pour les grandes occasions…Les binsbins servent aussi de rempart contre la jalousie, et on dit que le rang de perles se casse si quelqu’un vous veut du mal…

Interrogé sur les co-épouses qui frottent comme des forcenés  leur petit pagne au lever du jour et les font sécher dans la cour commune pour exacerber les sentiments des rivales, Ndeye fatou considère que ce n’est pas fair-play.

« Parfois, le couple n’a rien fait du tout la nuit, c’est juste pour créer un mauvais climat, je le déconseille fortement ». 

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L’encens pour briser la monotonie.

‘Il ne faut pas mettre d’encens tous les jours, car ce qui brise les couples, c’est la monotonie, l’encens doit rester exceptionnel », détaille encore Ndeye Fatou. Le thiouraye, cet encens qu’on brûle sur un morceau de charbon de bois, attise les sens et Ndeye Fatou conseille parfois d’utiliser simplement des eaux de Cologne légères pour parfumer sa maison.

Elle conseille aussi l’utilisation de pagne de l’amour, pagne de la nuit (serou goudi) ou encore « pagne porno », qui sont des draps peints ou brodés représentants des scènes érotiques colorées dans un art naïf, sorte de kama-sutra à l’africaine. « Toutes les nouvelles épouses devraient avoir ce genre de pagnes en arrivant chez leur mari », assure Ndeye Fatou. « On utilise les armes de nos mères et on ajoute nos ingrédients », dit-elle encore en expliquant que sa propre mère n’utilisait pas, à sa connaissance, ce genre d’artifices.

« Ces pagnes sont à préférer aux DVD pornos, juge-t-elle encore. « Les DVD ou internet, c’est peut-être excitant mais ce n’est pas la vraie vie, alors que les pagnes de l’amour stimulent l’imagination ».

Cependant tous ces artifices ne peuvent garantir la fidélité du mari.  « C’est comme si on était en guerre, tu peux avoir les meilleures armes du monde, il faut bien viser pour pouvoir tirer et atteindre ton but ».

Mais alors quel est donc le secret des secrets qui permettrait d’atteindre ce but ? L’AUDACE répond sans hésiter Ndeye Fatou et aussi la COMMUNICATION. « Il ne faut pas attendre que l’homme fasse le premier pas, il ne faut pas hésiter à prendre les devants et parler avec lui ».

Mais tous ces artifices tournés vers le plaisir masculin me donne le tournis et j’interroge Ndeye Fatou sur le plaisir féminin dans une société où bon nombre de femmes sont excisées.

 « Quand tu n’as pas de plaisir, il faut le dire, c’est celà être audacieuse, montrer ce dont tu as besoin, il faut dire à ton mari  ‘je veux ça, j’ai besoin de ça, car tu es mon homme’. « Mais il ne faut jamais faire d’histoires, il vaut mieux attendre le lendemain matin pour parler car le soir la femme est énervée ».

Les femmes excisées ont, selon elle, plus ou moins de sensibilité et Ndeye Fatou préconise de « chercher les autres endroits ». Mais malheureusement certaines femmes souffrent tellement, qu’elles sont recroquevillées sur elles-mêmes et ne peuvent s’épanouir. Dans les cas extrêmes, quand les produits naturels qu’elle propose pour nettoyer le corps ou soulager la douleur ne suffisent pas, Ndeye Fatou renvoie vers la médecine générale et sait que pour ces femmes, être une « mokk potch » s’avérera difficile. « J’essaye de toujours donner de l’espoir car une femme peut toujours cajoler et consoler son mari, a-t-elle encore dit.

 

Cet article a été modifié après une première publication le 13 octobre 2013 sur l’ancien blog de Koukla Tabi. .