Dire oui

Cette semaine, j’ai décidé de sortir du « pilotage automatique » où je réponds « non » quasi-systématiquement à toutes les suggestions de mon entourage essentiellement mes enfants. Le but ? Expérimenter une nouvelle façon d’aborder la vie. Voir si vraiment je perds en autorité en répondant oui, observer si le quotidien est plus agréable en modifiant ce paramètre, me mettre « à la place de » et voir ce que cela fait…

Il va sans dire que je ne parle pas de dire oui à l’humiliation, l’agression ou à la mise en danger de soi-même ou d’autrui.

Je parle de toutes les petites situations quotidiennes où par exemple mon fils aîné me demande des pâtes au moment où je m’apprête à faire de la polenta, ou le cadet veut prendre son vélo pour aller à l’école alors qu’on prend généralement la trottinette ou le benjamin refuse de s’asseoir dans sa chaise haute pour manger…

Dans ces trois situations, la tentation est de répondre « non » sans réfléchir. Parce que ce n’était pas mon idée première, par paresse et peur d’être retardée, par crainte de ne plus être respectée, de ne pas inculquer des valeurs qui me semblent « justes » et qu’il y ait de la purée partout…

Mais si on y regarde de plus près, ces raisons relèvent de croyances, ou de craintes pour le futur et d’une peur de l’effort.

La polenta peut-être mangée demain, cela ne prend pas vraiment plus de temps de sortir le vélo ou une trottinette du garage, et si mon dernier préfère s’asseoir sur une chaise comme nous, c’est plutôt un signe d’autonomie parce que de toute façon il y aura de la purée partout…

Mais ce qui m’a vraiment intéressé durant cette semaine, n’est pas le raisonnement au cas par cas qui pourrait me faire dire oui plutôt que non. Ce qui a été intéressant est de prendre conscience du nombre de fois où je dis non sans y prêter attention.

Et si dire « oui » n’était pas un signe de faiblesse mais de sagesse ?

Mais à chaque fois que je dis « non », j’entre en résistance, je sens physiquement que je suis prête à aller au combat pour justifier qu’il est hors de question que je fasse des pâtes quand il faut finir le paquet de polenta entamé depuis longtemps, tout mon corps est tendu. Si les enfants « acceptent » (ou se résignent ?) à mon non, je respire, si cela ne passe pas, j’entre dans l’arène « volonté contre volonté ».

Alors qu’en disant « oui », j’accepte que le cours des choses continue de manière fluide, je suis moins tendue, je lâche prise, je n’ai plus peur de perdre, au contraire, je m’enrichis…

Comment ? Parce qu’en acceptant de faire une partie de cartes en rentrant de l’école, je prends du temps pour mes enfants, du temps vécu et non du temps passé ! Satisfaits, nous sommes ensuite tous plus détendus pour entamer préparation du repas et coucher.

La deuxième constatation qui révolutionne ma manière de voir est qu’il ne faut pas craindre de dire oui tellement le nombre de situations où l’on dit encore non est grand ! Non, pas de télévision le matin, non, on ne peut pas rester à la maison aujourd’hui, il y a école, non, on ne mange pas de gâteaux avant le repas !!!

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Volonté contre volonté : une troisième voie est possible

Je suis en train de lire « A chaque jour ses prodiges » de Jon et Myla Kabat-Zinn sur être parent en pleine conscience.

Dès les premières pages, les auteurs suggèrent de ne pas prendre comme une menace  ou un manque de respect de notre autorité les nombreux instants de nos vies où les enfants s’opposent à nous. Mais d’aller voir au delà des apparences en se mettant « à la place de l’enfant », en faisant preuve d’empathie. Et d’observer la situation pour prendre conscience de ce qui est en train de se passer. L’idée est que de laisser s’installer ces moments d’affrontements d’une « volonté contre une autre volonté » amène souvent une escalade verbale et se termine  par de la violence  verbale ou physique, de la colère, de la frustration, des larmes, de l’autoritarisme et une perte de confiance mutuelle. Alors qu’une troisième voie est possible si on mobilise notre créativité…a-chaque-jour-ses-prodiges-couverture

Illustration. 

Ce matin, comme de nombreux matins depuis la rentrée, en sortant de la crèche où nous déposons le plus petit de la fratrie, mon fils de 4 ans veut prendre le chemin de gauche pour aller à l’école et moi celui de droite. Il est très insistant et je m’oppose à lui tous les jours pour le forcer à venir à droite en lui disant que dans mon chemin, il n’ y a pas de voitures ni de travaux. Le chemin de gauche me semble plus long et est semé d’embûches et  celui de droite a une partie piétonne et est plus court.

Ce matin, il invoque son père pour prendre son  chemin, ce qui m’exaspère encore plus que d’habitude :  « Papa a dit qu’il fallait aller à gauche ». Cependant  aujourd’hui, je décide de changer d’attitude.J’accepte sa proposition même si j’ai très peur que cela soit le signe que je me laisse marcher dessus, que mon enfant décide de tout et que je n’arrive pas à me faire respecter. Rien que ça !

« Pour faire preuve d’empathie alors qu’on est repoussé, il faut que la contrariété que nous ressentons ne nous empêche pas de voir la souffrance de nos enfants », Myla et Jon Kabat-Zinn dans « A chaque jour ses prodiges ». 

Tout content, il enfourche sa trottinette et nous partons tous les deux. Quelques mètres plus loin, nous rencontrons la maman d’Emma qui revient de l’école. Et là, j’ai une révélation ! Et si Alexandre ne cherchait pas à être dans un rapport de force, mais qu’il voulait simplement avoir une chance de croiser sa grande amie Emma dont il a accroché la photo à la tête de son lit pour la voir chaque soir avant de s’endormir ? Je lui demande : « Tu veux passer par là pour voir Emma ?  » Et il me répond sur le ton de l’évidence par l’affirmative.

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Nous continuons notre chemin, quand arrive la partie délicate  du trajet : les pavés, le sable, et les barrières de chantier. Alexandre qui peine à passer entre les obstacles dit à haute voix, autant pour lui-même que pour moi : «  C’est vrai que ce n’est pas facile avec les travaux« . Puis après un temps de réflexion, ajoute « mais je préfère quand même  passer par là« .

J’en avais les larmes aux yeux. J’avais fait un pas vers lui, Alexandre en faisait un vers moi, en reconnaissant mes arguments et affirmait sereinement que l’espoir de voir son amie sur le chemin de l’école était supérieur aux désagréments que le parcours pouvait engendrer. 

Voilà comment la pleine conscience, m’a, ce matin, permis de sortir du conflit et de me reconnecter avec mon fils. Son attitude a du sens et il reconnait le sens de la mienne.

Alors à votre avis, quel chemin choisirons-nous demain ?